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l avenir des banques passe t il par les Fintech?

5 min
May 05
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Auteur de : “Russie, l’autre voie de l’Occident”, “Pompidou” et “Droite 2.0”—Élu LR à Paris16— #Innovation #Digital #Progrès

La révolution numérique et le futur de la banque passent-ils par les Fintech?

La révolution numérique dans le monde de la finance avait, dans un premier temps, affecté les marchés boursiers avec l’invention du High Frequency Trading, qui améliorait la rapidité des programmes de spéculation sur les marchés. Aujourd’hui, il semble à son tour touché par une remise en cause des acteurs traditionnels, comme l’ont été la quasi-totalité des marchés avant lui.
Ainsi, malgré de fortes barrières à l’entrée, les secteurs de la finance et de l’assurance ont vu s’immiscer de nouveaux acteurs, les Fintech qui imposent de nouveaux usages grâce aux outils digitaux.

Ces nouveaux acteurs suscitent l’intérêt des grands groupes qui voient en eux l’opportunité d’externaliser leur capacité d’innovation. Au niveau mondial, les investissements dans le marché des fintech ont ainsi explosé ces dernières années, et c’est une course déraisonnée à qui acquerra la future pépite que semblent se livrer les majors, laissant craindre l’apparition d’une nouvelle bulle spéculative. Même s’il faut garder à l’esprit que tout marché innovant attire toujours des spéculations!

En France, le marché est aussi en pleine expansion et en pleine mutation. Au-delà des sorties médiatiques récentes de l’ancienne Secrétaire Générale du mouvement En Marche sur le sujet, le cas polémique soulevé par l’opposition entre Arkea et le CM11—CIC, principal groupe bancaire du Crédit Mutuel, est inédit et soulève des curiosités intellectuelles pour qui s’intéresse à l’économie. Notons au passage que pour une fois, une banque a même prévu d’aller manifester!

Arkea s’était montrée très active en se portant au capital de nombreuses FinTech françaises, multipliant par 25 ses investissements entre 2012 et 2017. Trop, au goût de sa maison-mère, le Crédit Mutuel, qui juge excessive les prises de risques d’une de ses branches. Sans se substituer à des analystes des risques et tenter de savoir laquelle des deux entités a raison, ni d’essayer de préjuger de l’issue du différend entre les deux entités qui devra être tranché par elles uniquement, la question du surinvestissement mérite d’être examinée tant elle paraît illustrer deux conceptions bien distinctes des relations entre start-up et grands groupes: bulle spéculative à combattre ou investissement nécessaire à l’innovation. Et à travers elle, les marges de manœuvre des nouveaux entrants en France où l’on conserve une préférence pour le «Big is Beautiful», c’est-à-dire une prépondérance des grands groupes anciennement établis au détriment de nouveaux entrants.

CM 11—CIC: des inquiétudes illégitimes sur l’activisme d’Arkéa?

Le groupe innovant Arkéa s’était positionné comme un acteur principal de l’écosystème des start-up financières en France avec 28 % des montants investis dans les Fintech françaises en 2017. Celui-ci compte notamment dans son vivier actionnarial certaines start-up réputées prometteuses (Younited Credit, Leetchi, Linxo, Fluo, Grisbee, Yomoni, Pumpkin ou MaSuccession. Fr). La logique affichée par l’entité est de se diversifier et de capter l’innovation sur de nouveaux usages. Ce positionnement obéit à une stratégie financière classique de diversification des risques au sein d’un portefeuille pour renforcer son espérance de gain à long terme.

Les indicateurs financiers affichés par groupe breton tendraient à nuancer l’argument d’une prise de risque supérieure aux autres acteurs (le ratio «Common Equity Tier Fully Loaded» (CET1 FL, le critère de ratio de fonds propres le plus exigeant, fin décembre 2017 était de 18,5 %), soit un taux affiché plus élevé que des grandes banques françaises par la taille de bilan.

Une stratégie basée sur la collaboration avec les FinTech

En dehors des indicateurs financiers, Arkéa se veut innovant dans le procédé d’investissement en jouant au maximum la proximité avec les start-up de son pool. Ils revendiquent ainsi que les financements de l’actionnaire bancaire sont accordés progressivement, et conditionnés par l’accompagnement vers un objectif de croissance. Ce modèle de supervision collaborative vise à éliminer le risque de surinvestissement et de surfinancement, qui a pu être observé lorsque les relations entre grands groupes et start-up étaient uniquement pécuniaires et adoptaient une démarche plus classique du financement de l’investissement. Cela peut éviter de voir des start-ups conommer des fonds qui pourraient être plus productifs ailleurs.

La question du suivi du financement de l’innovation peut paraître secondaire, mais elle est d’autant plus d’intérêt public à l’heure où les gouvernements annoncent investir massivement dans l’innovation, ce qui expose à de nombreux risques non suivis. Le modèle financier anglo-saxon autorise à cet égard toutes les folies.

Les opérations financières observées à la City autour des Fintech londoniennes semblent largement excessives: 4,4 milliards de dollars en 2017 (contre moins de 200 millions pour leurs homologues françaises). Les investisseurs anglo-saxons se soucient moins d’accompagner leurs poulains: ils affectent ainsi une surcapacité financière à des entreprises jeunes, disposant de peu de compétences et dont les solutions n’ont rien de disruptif, d’où des déceptions et un risque de bulle élargi. Cependant, sur ce marché, comme sur les autres, notre pays doit également tout faire pour favoriser les capitaux, car la croissance et l’emploi sont toujours déterminés par le capital global investi dans une économie.

Pourquoi les banques échouent (généralement) à collaborer avec les start-up?

A l’image d’Arkéa, les banques françaises pourraient collaborer davantage avec les Fintech, une démarche qui est pour le moment timide.

La plupart des organismes bancaires français ne possèdent pas l’agilité et l’expertise revendiquée par les FinTech. Elles fonctionnent plutôt de façon centralisée et rigide et envisagent les FinTech comme des concurrentes directes ou indirectes, adoptant une attitude parfois manichéenne sur ces nouveaux entrants. Lorsqu’une banque perçoit l’offre d’une FinTech comme assez mature pour représenter une menace ou une opportunité de compléter son offre, elle peut procéder à un rachat pur et simple (rachat de Fidor par la BPCE pour développer son offre digitale). Cette démarche peut brider des jeunes pousses d’atteindre leur potentiel, et notre innovation globale.

L’impact des Fintech semble toutefois limité. Trop petites et trop spécialisées, elles ne sont pas à même de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur. Les banques paraissent plutôt exposés par des grands acteurs: grande distribution, opérateurs télécoms et bien évidemment les GAFA. Ces acteurs possèdent des ressources illimitées et ont une politique d’intégration des nouvelles technologiques plus pertinente. De par leur activité d’origine, ils ont la taille critique et leur relation client leur permet d’inonder le marché d’offre bancaire, c’est ce que nous pouvons observer notamment avec Orange Bank.
La structuration du marché semble bancaire en pleine mutation et loin d’être terminée. Les régulateurs devront ensuite se pencher sur ses mutations, restant à savoir quelles théories économiques il faudrait appliquer…

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